Les différentes méthodes de calcul des fermages en France

Stéphane Passignat

Introduction

Le fermage, contrepartie financière versée par le preneur au bailleur en échange de la mise à disposition de biens agricoles, n’est pas un loyer librement négociable. Son montant est strictement encadré par le statut du fermage, et ses modalités de calcul varient sensiblement d’un département à l’autre, selon la nature des biens loués, leur localisation et l’époque de conclusion du bail. Cet article propose un tour d’horizon des principales méthodes de calcul utilisées en France.

Les principes généraux d’encadrement

Avant d’entrer dans le détail des méthodes, il convient de rappeler que le prix du fermage est soumis à un double encadrement. D’une part, l’article L. 461-7 du Code rural et de la pêche maritime dispose que « le prix du fermage est évalué en une quantité de denrées » . D’autre part, chaque préfet de département fixe, par arrêté, des minima et maxima de valeurs locatives applicables aux différentes catégories de biens.

Le montant du fermage se décompose en deux éléments distincts : d’une part le loyer des bâtiments d’habitation, d’autre part le loyer des bâtiments d’exploitation et des terres nues . Cette ventilation n’est pas une simple présentation comptable : chaque catégorie suit des règles d’actualisation qui lui sont propres.

Depuis la loi de modernisation de l’agriculture de 2010, l’actualisation annuelle des fermages repose sur un indice national unique, fixé chaque année par arrêté ministériel . Cet indice se compose pour 60 % de l’évolution du revenu brut d’entreprise agricole par hectare constaté sur cinq ans au niveau national, et pour 40 % de celle de l’indice des prix du produit intérieur brut . Pour l’année 2025, cet indice s’établit à 123,06, en progression de 0,42 % par rapport à 2024 .

La méthode « surface × prix » : les baux en monnaie

La méthode la plus simple, dite « surface × prix », s’applique aux baux dont le loyer est exprimé directement en euros par hectare. Elle consiste à multiplier la superficie louée par un prix à l’hectare, ce prix devant être compris dans la fourchette fixée par l’arrêté préfectoral.

Cette méthode est utilisée pour les terres nues lorsque le bail a été conclu ou renouvelé en monnaie. Par exemple, dans le département de la Haute-Vienne, les valeurs locatives des terres nues pour les baux conclus à compter du 1er octobre 2025 sont comprises entre 37,85 €/ha et 184,01 €/ha . Le bailleur et le preneur doivent donc convenir d’un prix à l’hectare situé dans cette fourchette.

L’actualisation de ce type de fermage s’effectue simplement en appliquant la variation de l’indice national des fermages. Deux méthodes équivalentes peuvent être utilisées :

  • Méthode par variation : Fermage année N = Fermage année N-1 × (1 + taux de variation)
  • Méthode par indices : Fermage année N = Fermage année N-1 × (Indice année N / Indice année N-1)

À titre d’exemple, pour un fermage 2024 de 4 200 €, le fermage 2025 sera de 4 200 € × 1,0042 = 4 217,64 € .

La méthode « surface × points × valeur du point » : l’évaluation par grille de notation

Cette méthode, plus élaborée, est utilisée dans de nombreux départements pour évaluer la valeur locative des terres nues et des bâtiments d’exploitation. Elle repose sur l’attribution d’un certain nombre de points aux parcelles ou bâtiments loués, en fonction de critères objectifs, puis sur la multiplication de ce nombre de points par une valeur du point fixée annuellement.

Le principe de la grille de notation

La grille de notation permet de tenir compte de la qualité intrinsèque des biens loués. Pour les terres nues, les critères pris en compte incluent généralement la valeur agronomique naturelle des sols, la possibilité de mécanisation, l’accès, la situation, l’exposition, l’altitude, le morcellement, la présence d’un point d’eau ou la possibilité d’irrigation .

Dans le Cantal, par exemple, la grille d’évaluation des terres nues comporte 75 points maximum. Le fermage à l’hectare s’obtient en multipliant le total des points attribués par la valeur du point, fixée à 2,401 € pour la période du 1er octobre 2025 au 30 septembre 2026 . Ainsi, les meilleures terres du département ne peuvent dépasser 180,08 € par hectare et par an .

L’évaluation des bâtiments d’exploitation

Pour les bâtiments d’exploitation, la grille de notation est adaptée à leur nature et à leur usage. Dans le Cantal, l’arrêté préfectoral prévoit des grilles distinctes pour le bâtiment traditionnel, la stabulation ou la bergerie, permettant d’évaluer le gros œuvre, le stockage, les aménagements, les équipements et les locaux techniques .

Le fermage des bâtiments d’élevage est exprimé par UGB (unité de gros bétail) logeable : il s’obtient en multipliant le total des points attribués (210 points maximum) par la valeur du point (0,230 €), soit un loyer maximal de 48,30 € par UGB logeable et par an pour un bâtiment de qualité parfaite . Pour les hangars de stockage, l’évaluation se fait au mètre carré, avec un maximum de 2 €/m² .

La valeur du point et son actualisation

La valeur du point est fixée par arrêté préfectoral et indexée sur l’indice national des fermages. Dans le Morbihan, la valeur du point pour les terres nues est calculée à partir d’un indice de référence de base 100 fixé à 1,61 €, actualisé par l’indice national : 1,61 € × 123,06 / 100 = 1,98 € . Cette valeur est ensuite appliquée au nombre de points obtenu pour chaque parcelle.

L’impact des sous-régions et des zones géographiques

Les barèmes départementaux ne sont pas uniformes sur l’ensemble du territoire d’un département. La plupart des arrêtés préfectoraux distinguent plusieurs zones ou sous-régions agricoles, au sein desquelles les valeurs locatives peuvent varier sensiblement.

Dans le Morbihan, l’arrêté préfectoral définit plusieurs zones géographiques. La zone 1 regroupe des communes telles que Pontivy, Locminé, Baud ou Pluméliau, avec des valeurs locatives spécifiques . D’autres zones couvrent le reste du département, avec des niveaux de prix adaptés aux caractéristiques agricoles locales.

Dans les Alpes-Maritimes, l’arrêté distingue par exemple la « Petite Région Agricole Littoral », où les valeurs peuvent atteindre 5 000 €/ha, de la « Petite Région Agricole Côteaux », où elles sont de l’ordre de 2 500 €/ha . Ces écarts considérables reflètent la pression foncière et la nature des productions agricoles dans ces différentes zones.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, la zone 3 regroupe la Côte Basque et les Coteaux, tandis que la zone 4 couvre les Montagnes du Béarn et du Pays-Basque, incluant les communes classées en zone de montagne . Les valeurs locatives y sont naturellement plus faibles en raison des contraintes d’exploitation.

La nature du bien : une distinction fondamentale

Le calcul du fermage distingue plusieurs catégories de biens, chacune soumise à des règles spécifiques.

Les terres nues

Les terres nues constituent la catégorie principale. Leur valeur locative est déterminée soit par une fourchette de prix à l’hectare, soit par une grille de points. Les arrêtés préfectoraux distinguent souvent plusieurs catégories de terres selon leur qualité agronomique : première catégorie (meilleures terres), deuxième catégorie, troisième catégorie .

Les bâtiments d’exploitation

Les bâtiments d’exploitation (hangars, étables, stabulations, bergeries, centres équestres) font l’objet d’une évaluation spécifique. Dans le Morbihan, leur valeur locative est évaluée selon des classes et catégories définies par l’arrêté préfectoral, avec des minima et maxima distincts pour les bâtiments destinés au stockage et pour les autres bâtiments .

Les bâtiments d’habitation

Le loyer des bâtiments d’habitation suit un régime particulier. Il est fixé dans une fourchette déterminée par arrêté préfectoral, mais son actualisation obéit à l’indice de référence des loyers (IRL) publié par l’INSEE, et non à l’indice national des fermages . Cette distinction est essentielle : elle signifie que le loyer de la maison d’habitation évolue selon des modalités différentes de celles applicables aux terres et aux bâtiments d’exploitation.

La méthode « denrée × volume × prix » : les baux en denrées

Jusqu’en 1994, le fermage des baux ruraux était couramment exprimé en quantité de denrées : quintaux de blé, litres de lait, kilos de viande . Si les baux conclus ou renouvelés depuis le 4 janvier 1996 doivent être exprimés en monnaie, de nombreux baux anciens demeurent libellés en denrées .

Le principe de calcul

Pour ces baux, le fermage annuel se calcule en multipliant la quantité de denrées prévue au bail par le prix de la denrée pour l’année considérée . Le prix de la denrée est lui-même déterminé par application de l’indice national des fermages à un prix de base fixé en 2009.

Exemples concrets

Dans l’Yonne, pour un bail à blé-fermage de 4 quintaux à l’hectare, avec un prix de base 2009 de 21,69 €/quintal, le fermage 2025 se calcule ainsi : le prix du quintal de blé-fermage 2025 est de 21,69 € × 1,2306 = 26,69 € . Le fermage à l’hectare est donc de 4 qx × 26,69 € = 106,76 €.

Pour un bail à viande-fermage de 30 kilos à l’hectare, avec un prix de base 2009 de 3,37 €/kg, le prix du kilo de viande-fermage 2025 est de 3,37 € × 1,2306 = 4,15 €, soit un fermage de 30 kg × 4,15 € = 124,41 € à l’hectare .

D’autres denrées peuvent servir de base : le lait (exprimé en litres), la betterave (en tonnes), le beurre (en kilos) . Chaque denrée dispose de son propre prix de base 2009, actualisé annuellement par l’indice national.

Synthèse des méthodes de calcul

Méthode Formule Biens concernés Actualisation
Surface × prix Superficie × prix/ha Terres nues (baux en monnaie) Indice national des fermages
Surface × points × valeur du point Superficie × points/ha × valeur du point Terres nues, bâtiments d’exploitation Indice national des fermages
Denrée × volume × prix Quantité × prix de la denrée Baux anciens en denrées Indice national appliqué au prix de base 2009
Bâtiment habitation Superficie × prix/m² ou forfait Bâtiments d’habitation Indice de référence des loyers (IRL)

Conclusion

Le calcul d’un fermage en France ne répond pas à une formule unique, mais à une pluralité de méthodes adaptées à la nature des biens loués, à leur localisation et à l’époque de conclusion du bail. La méthode « surface × prix » reste la plus simple pour les baux en monnaie, tandis que la méthode « surface × points × valeur du point » permet une évaluation plus fine de la qualité des biens. Les baux anciens en denrées conservent leur propre logique de calcul, indexée sur le prix des denrées de base.

Cette diversité reflète la volonté du législateur de tenir compte des réalités agricoles locales tout en assurant un encadrement strict des prix. Pour toute situation particulière, il est recommandé de consulter l’arrêté préfectoral applicable au département concerné et, le cas échéant, de solliciter l’avis de la chambre d’agriculture ou d’un conseiller spécialisé en droit rural.